Nicolas Lacroix-Pépin Ph.D.
Nicolas Lacroix-Pépin Ph.D. Thérapeute Scientifique - spécialiste en périnatalité
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Pourquoi le stress rend ça pire?

La grossesse peut être un moment parfois assez stressant. Avec tous les rendez-vous, les préparatifs, les changements et les inquiétudes sur le futur, il y a de quoi avoir la pression dans le tapis.

Relaxation et grossesse

Le stress est en soi un moyen de défense. Pour tous les animaux, tout ce qui peut menacer leur équilibre naturel est géré par une réaction de stress. Le facteur stressant peut être autant physique que psychologique, réel ou d’ordre imaginaire. Le niveau de stress est cependant très variable. L’idée d’être en retard versus la présence d’un ours ne devrait normalement pas donner le même niveau de stress. Lorsque le corps pourrait avoir besoin de mobiliser son énergie afin de réagir à une situation potentiellement dangereuse, un grand nombre d’hormones sont produites. Glucocorticoïdes, catécholamines et hormone de croissance sont produites. Des catécholamines, dont l’adrénaline, sont libérées afin d’augmenter le rythme cardiaque, ralentir la digestion, augmenter le glucose disponible et la dilatation des bronches. Les glucocorticoïdes, dont le cortisol, sont libérés afin d’accélérer la formation de sucre, de diminuer le système immunitaire et avec l’adrénaline, il augmente la mémorisation des événements. Tout cela afin de maximiser les réactions à un danger potentiel. C’est la réponse «combat ou fuite» classique du corps.

Ce mécanisme peut être utile dans un examen ou une compétition, mais au-delà de la zone de confort, le stress cesse d’être utile et peut commencer à causer des dommages autant à votre corps qu’à votre esprit. Comme le corps ne différencie pas bien les petits facteurs stressants des dangers pour la vie, une stimulation chronique de la réaction de lutte ou de fuite peut augmenter la pression artérielle, supprimer le système immunitaire, augmenter le risque de crise cardiaque et d’accidents cérébraux vasculaires, accélérer le processus de vieillissement et vous rendre vulnérable à une foule de troubles émotionnels. Cependant, qu’en est-il pour bébé qui lui aussi est influencé par les émotions de sa mère? Bien que des taux plus élevés de cortisol pour les futures mamans soient normaux et même souhaités pour le développement du fœtus, lorsque les taux dépassent la limite normale, on voit apparaître certains effets néfastes. Une mère ayant des niveaux de stress élevés verra l’activité de l’enzyme qui protège le fœtus du cortisol diminuée (la 11β-HSD), engendrant une plus grande exposition aux glucocorticoïdes pour le bébé. Ceci peut avoir des impacts sur son développement. Certaines études ont montré que les enfants de mères plus stressées montraient des niveaux plus élevés d’anxiété ou de troubles d’attention. On sait aussi que les fréquences cardiaques de fœtus de mères stressées montrent moins de variabilité et de réactivité, montrant un moins bon contrôle de leur rythme cardiaque. En terme d’évolution, dans un environnement stressant, il peut avoir été utile pour nos ancêtres d’avoir des enfants qui étaient plus vigilants (anxieux), facilement distraits et très actifs (TDAH) ou avec un développement moteur rapide. Cependant dans notre monde moderne, plusieurs de ces changements peuvent être inadaptés et causer des problèmes pour l’enfant et sa famille. Il s’agit des effets à long terme d’une exposition prolongée au stress. Ce n’est pas un petit événement qui fait toute la différence, mais un état constant. Mais le stress peut aussi avoir des effets à court terme dans certains moments importants.

L’accouchement est l’un des moments clés où le stress peut avoir un impact majeur. Le calme, la paix, la noirceur, l’intimité, la chaleur et le massage sont quelques exemples favorisant la production d’endorphines, dont la fonction principale consiste à inhiber la transmission des signaux de douleur et produire un sentiment d’euphorie. La douleur étant diminuée, l’ocytocine est libre d’être produite afin d’augmenter les contractions et de faire progresser le travail. Résultant en un accouchement plus aisé. Cependant, la nature a mis en place un système de protection. Chez les animaux, dans un contexte de stress tel que la présence de prédateur ou de conditions non favorables, le travail devait pouvoir s’arrêter. Ainsi, l’adrénaline inhibe l’ocytocine.

Donc, en présence d’une situation qui engendre du stress tel que le froid, la peur, l’adrénaline provenant d’une personne présente ou l’insécurité, pour ne nommer que ceux-là, cela favorise une production de cortisol et d’adrénaline. L’éveil est maximal, la douleur est perçue de façon accrue et l’ocytocine est diminuée. Ceci afin de réagir au danger que le corps perçoit. Les sensations de douleur sont augmentées et en même temps, l’ocytocine diminuée pour ralentir le travail. Les muscles tendus, le sentiment de fuite et la panique sont présents. Tout à l’opposé de ce qui est souhaité.

Les pères sont aussi beaucoup plus facilement dans l’adrénaline que dans les endorphines lors d’un accouchement, décuplée par leur sentiment d’impuissance. Ce qui les mène souvent à des réactions de fuite (distance, épidurale). Ils doivent comprendre que plus ils favorisent le calme et les endorphines de leur conjointe, plus ils l’aident. En effet, plus cette dernière tombe dans l’adrénaline et dans le cortisol, plus son travail sera ralenti et sa douleur augmentée.

On voit facilement tout l’impact négatif que peut avoir le stress durant la grossesse. Il ne s’agit pas de tenter de le supprimer complètement, mais d’en être conscient. Favoriser une bonne gestion du stress par la relaxation, la respiration, la visualisation ou toute autre solution qui fonctionne bien pour soi est donc à maximiser. Pour la grossesse, comme pour le restant de la vie d’ailleurs.

Nicolas Lacroix-PepinComment