Nicolas Lacroix-Pépin Ph.D.
Nicolas Lacroix-Pépin Ph.D. Thérapeute Scientifique - spécialiste en périnatalité
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La montagne de la naissance

Ça fait longtemps que la journée se prépare, on ne savait pas quel temps il ferait mais le sac était prêt, il nous attendait depuis longtemps dans son petit coin. Plusieurs fois nous avons cru que c’était la bonne, mais cette fois-ci c'est la vraie. Beau temps, mauvais temps, aujourd'hui nous grimpons jusqu'au sommet.

La montée commence doucement, nous laissant le temps de souffler. Plaisanter et s’aimer tout en parcourant les sentiers le cœur léger et plein d’espoirs. Ça semble presque illusoire, le sommet est encore si loin. On savoure le moment, ça semble si simple. Remplie d’ocytocine et d’un amour infini. Est-ce qu’on est vraiment sur le chemin? Pourquoi donc est-ce qu’on voulait tant grimper? Des petits doutes, de petits nuages qui passent. Cette latence dans l’attente de la véritable montée. Quand-est-ce que ça va vraiment commencer? L’anxiété du début mélangé avec l’excitation de commencer cette nouvelle aventure et une petite boule de peur au creux de l’estomac.

La pente devient tranquillement plus abrupte, les muscles commencent à se faire sentir. On en est encore tellement au début. Le sommet encore si loin. Les doutes d’y arriver, d’en être capable. Si déjà on fatigue, qu’est-ce que ce sera tantôt?

On continue, un pas devant l’autre, une contraction après l’autre. On vide son esprit, on laisse les muscles travailler. Sans penser, sans réfléchir, ce mouvement répétitif qui va, qui vient et revient. On perd la notion du temps, depuis combien de temps sommes nous dans cette danse? Chaque pas ressemble au précédent. On a l’impression que rien ne bouge, que le décor est toujours le même. Chaque pas nous rapproche un peu du sommet, mais pourtant chaque contraction ne nous donne pas l’impression d’avancer.

Personne ne peut avancer à notre place, c’est un chemin que maman doit parcourir. Papa marche à côté, il ne peut prendre cette douleur et cette fatigue. S’il pouvait simplement transporter maman, il le ferait. Il peut seulement aider, soulager, encourager, continuer d’avancer au rythme des contractions, un pied après l’autre vers le sommet. En comprenant que parfois il n’y a rien de plus à dire que d'être présent. Rien de plus à faire que de tendre la main. De petits encouragements, si simples mais si essentiels. Relevant dans les chutes, il est un appui stable dans cette suite interminable de pas.

Dans ce mouvement, dans cette ascension, vers quelque chose de beau, de si grand. La marche se poursuit, le temps s’étire lentement.

La doula marche aussi à côté, un guide, prévenant des obstacles, soutenant et rassurant. Connaissant bien les sentiers, elle nous aide à progresser. Faisant équipe avec papa pour épauler maman. Parfois près, parfois loin, elle sait s’ajuster à la montée.

Cette pente qui semble toujours plus abrupte, ce sommet qui se rapproche tout en semblant tellement si loin. La fatigue, l’intensité de la montée qui continue son chemin serrant de plus en plus. Ce sentiment de ne plus rien maîtriser. L’envie de simplement s’écrouler. Le sol semble si fragile et les racines jaillissent de partout. Il est si facile de perdre l’équilibre. Les muscles se font sentir, ils demandent à être soulagés. Ils se donnent sans compter, sachant ce qu’ils doivent accomplir.

Les dernières pentes, si abruptes, ces falaises qui demandent tant d’efforts à gravir. Cette transition vers le sommet qui fait douter à chaque nouvelle montée. Sans aide, le risque de tomber et de se décourager est bien réel. Le corps retranché dans ses limites. Un pied devant l’autre, une contraction après l’autre sans jamais arrêter. Chaque pas demande une volonté, on ne peut se permettre de penser au suivant. Si je n’étais pas capable de la prochaine?

Tranquillement on voit le sommet de plus près, la fin de cette longue route. Qu’est-ce qu’on verra au bout de ce dernier moment à pousser, à tout donner? Ce n’est plus la même énergie. Ce n’est plus la difficulté des falaises, c’est le dernier droit plein d’adrénaline. Ces pas soudain plus légers mais qu’on sent tellement plus solide contre le roc.  Ce sommet enfin à porté de main.

Cette dernière pierre qu’on passe, ce dernier moment d’intensité! Pour enfin voir, pour enfin savourer ce moment. Cette vue, oh oui, cette vue incroyable devant nous. Elle vallait bien chacun de ces pas, chaque goutte de sueur et chaque larme. Cette décharge, cette réussite, cet accomplissement, ce dépassement qui nous aura tant fait douter. Les poumons plein de cet air si frais, de cette réussite à jamais gravée. De cette vue qu’on ne pourra jamais oublier.

On peut enfin se déposer et savourer. Cette vue, cet évènement qu’on oubliera jamais.

Nicolas Lacroix-PepinComment